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Des planètes ( vraiment ) d'ailleurs | HISTOIRES D'EXOPLANÈTES #9
A 27 710 années-lumière d'ici, en direction de la constellation du sagittaire, se trouve l'étoile SWEEPS J175902.67-291153.5.
Si j'en parle, ce n'est pas pour vous demander d'apprendre son nom par cœur, j'ai déjà eu bien assez de mal à le prononcer.
Non.
C'est car autour de cette étoile gravite SWEEPS-11b. Oui cela signifie que l'étoile se nomme aussi SWEEPS-11a et que c'est bien plus facile à prononcer que SWEEPS J175902.67-291153.5, non ?
reprenons.


comparaison de la taille de Sweeps-11b avec Jupiter.


Cette planète, avec SWEEPS-4b, située à la même distance du soleil, sont les exoplanètes candidates les plus lointaines jamais découvertes.
Sur cette carte de 2015, donc un peu dépassée, mais qui fera très bien l'affaire, vous voyez la liste des exoplanètes découvertes, où du moins leur répartition:

Vous voyez notamment OGLE-2014-BLG-0124L, cette fois-ci je n'ai pas trouvé de nom plus simple, une géante gazeuse située à 13 000 années-lumière. En vous y attardant suffisamment, vous aurez probablement remarqué que cette carte des exoplanètes ne s'étend que sur une petite partie de la voie lactée.
Et vous avez raison.

Même si en 2015 il n'y avait que 1500 exoplanètes connues, contre 4200 fin 2020, la plupart de ces exoplanètes ont un point commun: elles se situent toutes dans le voisinage relativement proche de notre soleil.
Pourquoi, me diriez-vous ?
Et bien cela vient directement des méthodes que nous utilisons pour détecter des exoplanètes.
Ayant déjà dédié un épisode au sujet, je ne vais pas en faire un tour complet, mais il va quand même falloir en revoir rapidement trois, afin de continuer l'épisode. Et de ne pas perdre tout le monde.


La première méthode, et la plus simple, c'est celle des transits:
elle consiste à observer une étoile et espérer voir une diminution de sa luminosité, causée par le passage d'une planète devant elle.
C'est à la fois la méthode la plus simple à comprendre et la plus simple à mettre en pratique.




La seconde, c'est celle des vitesses radiales, qui va constituer à observer l'impact gravitationnel d'une planète sur son étoile. Je m'explique.

Lorsqu'un véhicule s'approche de vous, vous entendez un son plus aigu. Une fois qu'il est passé et commence à s'éloigner, et à condition que vous ne montiez pas dedans, vous entendrez alors son son devenir plus grave. C'est tout simplement parce que le son se déplace à environ 1,200 kilomètres heure.
Quand le véhicule s'approche de vous ( on va dire à 100km/h, mais cela n'a pas vraiment d'importance pour cet exemple ), le son est donc compressé et étiré une fois qu'il s'éloigne.
Et bien c'est pareil avec la lumière d'une étoile: celle-ci aura tendance à se décaler vers le rouge quand elle s'éloigne, et vers le bleu quand elle se rapproche.
En observant sa luminosité, et si on peut détecter de légers changements périodiques, on peut en déduire la présence d'une planète qui orbite autour d'elle, l'attirant légèrement vers elle, et décalant ainsi sa lumière.




La troisième méthode, enfin, est celle des microlentilles gravitationnelles. Et inutile de vous enfuir en courant, elle est, contrairement à son nom, relativement simple.
Vous le savez peut-être, où pas, mais la lumière est également sujette à la gravité:
même si seuls les trous noirs peuvent la retenir, un objet massif, comme une étoile où une galaxie peut la dévier ( je sais, ma définition de "massif" est un peu trop vaste, mais on vas faire avec).

De cette façon, on peut détecter une exoplanète gravitant autour d'une étoile lorsqu'elle transitera devant une étoile située derrière elle ( vu de la terre ).
Pour simplifier, le phénomène ressemble à peu près à ceci:


Le petit pic de luminosité étant créé par la planète, qui re-focalise un peu de lumière.


Cependant, toutes les méthodes que je viens de citer ont un défaut:
Elles dépendent directement de nos instruments, et de leurs capacités à voir loin et avec beaucoup de détails. Malgré le fait que nos moyens se soient grandement développés ces dernières années, nous restons, malheureusement, relativement aveugle.
Des télescopes comme TESS, le VLT, ALMA et bien d'autres réussissent déjà des prouesses en nous livrant une vue de plus en plus détaillée de notre galaxie, comme ces magnifiques systèmes planétaires en formation, et même, parfois, des planètes directement imagées.

Si notre part de voie lactée nous suffit amplement pour avancer dans la compréhension de la formation des systèmes planétaires, et donc indirectement de leur habitabilité et de l'apparition de la vie, il y a malheureusement des portes qui restent cruellement fermées.
Comme la détection de planètes dans une autre galaxie.
Cela, on risque, malheureusement, de mettre encore plusieurs décennies pour y arriver.

Où pas.

C'est fin septembre que la nouvelle est tombée: en parcourant des données prises par le télescope spatial Chandra en 2012, une équipe d'astronomes américains et chinois a découvert ce qui pourrait être la première exoplanète confirmable dans une autre galaxie.

On pourrait être tenté de se dire que la planète se situe donc dans notre groupe local, comme dans la galaxie d'Andromède, l'un des nuages de Magellan, où l'un des nombreux autres objets du groupe local. ( Groupe local qui fera surement l'objet d'un épisode dédié, mais passons. )
Mais voilà: comme toujours en astronomie, tout ne se passe pas comme prévu.
La planète ne se situe en effet pas dans notre groupe local, mais à 23 millions d'années-lumière d'ici, dans une galaxie dont j'ai déjà parlé sur cette chaîne, Messier 51, la galaxie du tourbillon.
La planète, nommée M51-ULS-1b, a été détecté via la méthode des transits. Oui, la plus simple. La planète, qui n'est pas encore confirmée je le rappelle, a été détectée grâce à des conditions pour le moins .... particulières: Un système binaire, avec, en son centre, une étoile à neutrons où un trou noir, qui engloutit une étoile, émettant ainsi de grandes quantités de rayons X.
C'est en observant une disparition des rayons X pendant près de trois heures que les astronomes ont pu en déduire l'existence d'une planète d'une taille semblable à Saturne autour de ce système.
Cependant, même si M51-ULS-1b est la candidate la plus sérieuse, d'autres planètes candidates ont déjà été découvertes.

Ainsi, grâce à deux quasars, des noyaux de galaxie extrêmement lumineux, qui forment d'ailleurs la première lentille gravitationnelle découverte, en 1979, une exoplanète d'une taille de trois fois la terre aurait été découverte à quatre milliards d'années-lumière d'ici.

j'aimerais maintenant marquer une pause pour vous dire que si cette planète existe, la lumière captée 1996 a été émise quant l'univers n'avait que neufs milliards et demi d'années, contre 13,5 maintenant.



Vous avez la tête qui tourne ? Très bien, on peut donc continuer, et revenir dans notre voisinage, à seulement deux millions d'années-lumière, où une microlentillegravitationnelle aurait permis la découverte d'une planète de 6 masses joviennes.
La planète candidate, nommée PA-99-N2, a été observée en 1999.


Et enfin, à six milliards d'années-lumière et détectées aussi grâce à une lentille gravitationnelle, une possible population de planètes vagabondes dont la taille va de notre lune à Jupiter.
Et c'est là tout l'avantage des lentilles gravitationnelles:
même si elles ne se produisent qu'une seule fois, elles nous permettent de détecter des objets qui sont bien au-delà des limites de nos instruments. Mais parallèlement, ces observations ne peuvent être répétées, et cela nuit grandement à la confirmation de la détection. Ainsi, de par la distance qui nous sépare des objets observés, il est très difficile de les confirmer, et c'est pour ça qu'M51-ULS-1b est unique: il s'agit cette fois d'une autre méthode de détection, plus fiable.
Même si l'observation risque d'être compliquée à répéter, les seules données récoltées par Chandra en 2012 seront déjà tès intéressantes à analyser.
Dans tous les cas, cela montre bien une chose: c'est que l'univers est loin d'avoir fini de nous livrer ses surprises.

Vue de la zone de la galaxie M51, où la planète aurait été détectée


La confirmation d'M51-ULS-1b n'est pas essentielle, d'un point de vue scientifique, si la voie lactée regorge de planètes, alors les autres galaxies aussi, vus qu'elles se sont formées grosso-merdo de la même façon.
En revanche, cette découverte est très intéressante d'un point de vue symbolique. Il faut une première fois à tout, et la première détection confirmée d'une planète située dans une autre galaxie n'est pas négligeable. Elle est à la fois le symbole de nos capacités de détection qui s'améliorent et de notre envie de toujours en apprendre plus et voir plus loin. Même si chacune est libre d'appréhender l'aspect symbolique de cette découverte à sa façon.
Je vous propose, donc, de se quitter sur cette image de la galaxie Messier 51, prise par le télescope spatial Hubble, en 2005.



Dernière mise à jour le: 01/01/1970 00:00